Dys, le sous-titrage. 1ère partie

Résumé

Un sous-titrage trop éloigné des besoins des personnes peut entraîner un abandon. En effet, 15% de personnes abandonnent le visionnage d’une vidéo pour des problèmes de lecture ; 20 % pour des problèmes de décalage entre l’image et le son et 11% pour des problèmes de compréhension du sous-titrage.


Le 24 février 2016, AcCible a proposé une enquête sur le sous-titrage avec une police dys afin d’évaluer l’intérêt de ce projet auprès du grand public.

Cent quatorze personnes ont répondu à notre sondage. Elles sont âgées de 17 à 80 ans (-25 ans : 14 % ; 26/35 : 21 %; 36/45 : 25 % ; 46/56 : 17 % ; +56 : 23 %). Cet éventail montre que les vidéos sont des médias utilisés par le plus grand nombre et que le sous-titrage est un outil intergénérationnel.

La plupart des catégories socio-professionnelles sont présentes. Les personnes travaillent dans les métiers du sanitaire et du social (11%), du numérique (3.7 %), dans l’enseignement et la formation (21.5 %), dans le multimédia (14 %), dans l’informatique, l’internet ou les télécommunications (7.5 %), le commerce et la distribution (3.5 %), l’environnement (3.7 %) l’audit, la gestion et la comptabilité (11 %), le service aux personnes et aux entreprises (5.5 %), entrepreneur (1.8%), en étude (7.5 %), en pause (6.5 %), divers (2.8 %).

Les deux premières questions de cette enquête concernaient le sous-titrage et son utilisation. Regardons en détail les réponses.

Le sous-titrage, une fonctionnalité qui dépasse le célèbre VO.

Le cinéma s’est toujours doté de dispositif de médiation des informations, capable de compenser l’absence de son ou de dialogues audibles.

carton_cinemaÀ l’époque du cinéma muet, le support écrit était  inséré entre deux plans venant compléter l’action, les gestes ou les mimiques des acteurs. Ces cartons, facilement et rapidement traduisibles, seront les précurseurs du sous-titrage.

L’arrivée des films parlants va transformer le statut du discours dans l’oeuvre cinématographique en lui attribuant un rôle majeur. La transmission de l’information sonore devient alors un enjeu économique et social : une oeuvre doit rejoindre le plus grand nombre et dépasser les barrières linguistiques. Le sous-titrage est né et il est un outil de transmission universel.

Au-delà de la simple traduction, le sous-titrage va se révéler comme outil indispensable au service de certains utilisateurs, comme support pédagogique au service de l’apprentissage des langues et comme outil de transmission de l’information dans des contextes ne permettant pas la diffusion du son.

Dans les années 2004/05 (naissance de YouTube, Viméo), les sites d’hébergement de vidéos ouvrent les portes à l’utilisation généralisée de la vidéo et la formation s’empare de ces nouveaux dispositifs.

La pratique du sous-titrage dans l’utilisation de vidéos à visée pédagogique n’est pas courante et pourtant, quelles sont les pratiques des utilisateurs ?

A la question «  Utilisez vous les sous-titrages quand vous regardez une vidéo ? », il apparaît que 89% des usagers utilisent le sous-titrage. Seuls, 9% des répondants n’utilisent jamais le sous-titrage et 3% n’ont pas connaissance de la présence des sous-titrages dans une vidéo. Nous noterons que 24% des répondants utilisent le sous-titrage pour plus d’une raison.

camembert résultat utilisation du sous-titrage

Transcription du schéma :
Je mets le sous-titrage pour des films étrangers : 51%,
Je mets le sous-titrage dès qu’il y a des bruits perturbateurs ou un volume faible : 13%,
Je mets le sous-titrage sur toutes les vidéos : 2%,
Je mets le sous-titrage quand j’ai du mal à comprendre l’orateur : 22%,
Je ne mets jamais de sous-titrage : 9%,
Non, je ne sais pas que ça existe : 3%

Le sous-titrage, un élément que l’on impose pas, mais qui impose ses règles.

Tous ceux qui pratiquent, ou qui se sont formés à la réalisation des sous-titrages, savent que les règles d’or de la transcription d’un discours, sont la fidélité et la lisibilité. En effet, un sous-titrage fait dans les règles de l’art, cherche à rejoindre les capacités de lecture de celui qui va écouter à partir de sa lecture en lui assurant l’intégrité des propos.

Loin de ressembler à une transcription déposée hors de l’œuvre, le sous-titrage accompagne la gestuelle, la mimique ainsi que la danse enivrante des lèvres de l’orateur. Il épouse le contexte du langage non-verbal et guide la compréhension des images très présentes dans les vidéos pédagogiques.

Bienveillant par nature, le sous-titrage impose ses règles et pour le confort de tous, il ne s’impose jamais, laissant la main décider de son apparition.

Quelles sont les réponses à la question « avez-vous déjà abandonné le visionnage d’une vidéo à cause du sous-titrage ? » Il apparaît que 16 % sont maîtres de leur choix : ils retirent le sous-titrage gênant.

camembert des réponses sur l'abandon du sous-titrage

Transcription du schéma
Non, jamais : 38%
Non, je retire le sous-titrage : 16%
Oui, je n’arrivais pas à lire : 15%
Oui, il y avait trop de décalage entre l’image et le son : 20%
Oui, je ne comprenais pas ce que je lisais : 11%

46% d’abandon lorsque le sous-titrage n’est pas adapté.

La voix est entrée dans le film et le cinéma a cherché sa voie. Sur son chemin menant vers le cinéphile, il a gagné en compétences pour notre plus grand plaisir de spectateur de version originale.

La vidéo est entrée dans la pédagogie et la formation s’est adaptée aux règles de son nouvel environnement. Sur le chemin de l’accessibilité, elle a trouvé des outils d’assistance lui permettant d’intégrer des sous-titrages automatiques ou d’obtenir un découpage machinal.

Ainsi, un sous-titrage trop éloigné des besoins des personnes peut entraîner un abandon. En effet, 15% de personnes abandonnent le visionnage d’une vidéo pour des problèmes de lecture ; 20 % pour des problèmes de décalage entre l’image et le son et 11% pour des problèmes de compréhension du sous-titrage.

Il est donc impératif d’apporter du confort, de la qualité et de la lisibilité dans le sous-titrage. Cela passe par un découpage sensé, un respect de la parole de l’orateur, un nombre de caractères lisibles dans un espace-temps et une disposition sur l’écran.

Dans notre prochain article, nous explorerons plus en avant les réponses fournies lors de ce sondage, en nous penchant plus spécifiquement sur les polices de caractères utilisées dans les sous-titrages.

Pour aller plus loin :

  • Le doublage et le sous-titrage des films en France depuis 1931 : contribution à une étude historique et esthétique du cinéma par Jean-François Cornu (thèse soutenue en 2014)
  • Caasem : collectifs des adapteurs de l’audiovisuel

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