Où je veux quand je peux !

Le Web est généreux et sans jamais démériter, nous cliquons, plussons, likons, twittons, curons, compilons, co-produisons, partageons, zappons ou automatisons pour diffuser du savoir.

Le web est généreux. Il nous offre une abondance de ressources fortes utiles si… nous avons la possibilité d’en faire quelque chose. Ceci écrit, comment évaluer les possibilités d’action et de création des personnes ?

Des ressources et des personnes

La notion de ressource héberge plusieurs sens. Tantôt, elle fait référence à un moyen externe dont la personne peut faire usage (ou pas) et tantôt elle fait résonance avec un patrimoine interne.

Au singulier comme au pluriel, la notion de ressource(s) renvoie généralement à la possibilité d’amélioration d’une situation donnée. La ressource représente à la fois des moyens matériels ou physiques externes et des possibilités internes dont la personne fait preuve dans la difficulté ou dans l’effort. Regarder cette notion dans ses capacités relationnelles peut nous aider à mettre en relation deux données : le moyen externe mis à disposition et les possibilités internes de la personne.

Appréhender la mise en relation de la notion de ressource(s) permet de dépasser la perception d’une égalité pour tous aux ressources (nous avons tous autant de ressources) pour tendre vers une possibilité d’utilisation des ressources pour tous.

Schéma des ressources

Cette approche de la notion de ressource repose sur une action collective destinée à affranchir les personnes de tout ce qui limite leurs capacités dans les environnements numériques. C’est d’ailleurs sur cet esprit collaboratif que le web s’est construit, élaborant par la suite les règles de production de ressources, contenues dans le grand ouvrage de l’accessibilité numérique.

Des capacités et des capabilités.

Disposer de ressources est une chose, savoir les mobiliser en est une autre. Cet allant de soi, pas très novateur, fait référence à la capacité d’action des personnes. Il pourrait se décliner à la manière de « savoir-faire quelque chose ».

Néanmoins, et en accord avec plusieurs auteurs dont Amartya Sen, la personne doit pouvoir transformer les ressources en réalisations concrètes articulées à des projets.  Pour évoquer cette disposition chez la personne, les auteurs utilisent la notion de « capabilité », qu’il est concevable de schématiser par la contraction entre « être capable » et « avoir la possibilité ».

Ainsi, la capabilité devient la capacité de toute personne à faire quelque chose considérée comme bénéfique pour tout le monde. Cette percée vers des possibles favorise la prise de décision donc le choix. Dans ce cadre, aborder des savoirs en ligne découle du désir de la personne. Cela devient une liberté au sens de capacité à s’engager dans une action.

Nous comprenons donc que la capabilité correspond à la latitude effective d’une personne, ce qui suppose que des conditions concrètes soient satisfaites dans l’environnement des individus (Pavageau Pierre, Nascimento Adélaide et Falzon Pierre – 2007).

La mise en œuvre d’une capacité n’est pas que le reflet de la disponibilité de l’individu mais dépend d’un ensemble de conditions organisationnelles, techniques et sociales. Ainsi comme le définit B. Zimmermann, la capabilité définit un champ de possibles pour l’individu, mais également pour l’organisation puisqu’elle peut en tirer profit.

En résumé et pour reprendre la définition d’A. Sen, la capabilité est le reflet de ce que les personnes sont capables de faire et d’être.

Des capabilités et des environnements.

L’idée de capabilité connecte la question des libertés à la capacité d’agir.

Dans le cadre des apprentissages par le biais de l’informatique connectée,  les mises en œuvre de la possibilité d’apprendre reposent sur des indicateurs aptes à favoriser un environnement capacitant (Falzon 2009, Fernagu Oudet 2012), à savoir un environnement qui met à disposition des individus des ressources et qui leur permet de les utiliser.

Les parallèles entre ces deux notions (capabilité – d’environnement capacitant) et les environnements d’apprentissage numérisés sont aisés. Nous pouvons dire qu’au travers de la notion de capabilité nous entendons la notion d’autonomie du sujet et qu’au travers de la notion d’environnement capacitant, nous percevons un ensemble de conditions nécessaires et favorables au développement individuel et collectif.

Les trois points de vue définissant l’environnement capacitant (Falzon Pierre, 2005, 2007) sont les suivants:

  • Du point de vue préventif, un environnement capacitant est un environnement non délétère pour l’individu, qui préserve les capacités futures d’action […].
  • Du point de vue universel, un environnement capacitant est un environnement qui prend en compte les différences interindividuelles et qui compensent les déficiences individuelles. […]
  • Du point de vue développemental, un environnement capacitant est un environnement qui permet le développement de nouvelles compétences et de nouveaux savoirs, et l’élargissement des possibilités d’action et du degré de contrôle sur la tâche et sur l’activité. Un EC est donc un environnement qui favorise l’autonomie et contribue au développement cognitif des individus et des collectifs, qui favorise l’apprentissage. Accroissement de l’autonomie et développement des savoirs sont deux facteurs clés de l’extension du pouvoir d’agir.

Du bon usage des dispositifs en ligne.

Au regard de cet ensemble de notions, nous pouvons constater que de nombreuses propositions émergent. La formation a pris une ouverture de gratuité dans l’objectif de diffuser des ressources pour tous. Néanmoins, cette approche rejoint la perspective de l’égalité des ressources pour tous mais garantit-elle un bon usage des dispositifs.