Où je veux, quand je veux

Qui est « je » mis en avant par les professionnels de la formation en ligne ? Représente-t-il un universel de l’individu connecté à sa formation ? Qui suis-je dans cet espace qui ne me situe pas ?

« Avant d’enseigner quoi que ce soit à qui que ce soit, au moins faut-il le connaître ».

En accord de principe avec M. Serres, il semble toutefois plus exact de parler de reconnaissance de l’autre dans des espaces virtuels. Dans ce contexte qui nous intéresse, le sujet ne semble pas perçu comme un « je » pourvu d’une identité et d’une altérité ; mais comme un « je » pris dans une globalité, celle d’un « je connecté à un outil ».

Qui sommes-nous en mode connecté ?

Un individu, c’est le chat chez les chats, le chien chez les chiens, mais une personne n’est pas un simple individu : elle est irremplaçable.

Pour exister, chaque personne est confrontée à la similitude (être le même que) et à la classification (appartenir à un genre, avoir un style…).

La particularité d’une personne se construit alors par opposition, par référence à une généralité et sa distinction s’opère sur des traits discriminants: caractère, morphologie… L’individu est d’abord et avant tout perçu comme membre d’une catégorie. Sur cet état de fait, chaque personne est amenée à appréhender la question du même recherchant ainsi l’ensemble des propriétés permettant l’établissement d’une sorte de carte d’identité répondant à « que suis-je »:

  • ménagère de plus de 50 ans,
  • badgée (les badges sont les nouveaux représentants des compétences acquises en virtuel),
  • répondant d’un diplôme reflétant x années l’apprentissage,
  • épouse X,
  • mère de n enfants,
  • exerçant la fonction y depuis xxx années,
  • domiciliée à

Cette carte d’identité est d’ailleurs de plus en plus convoitée dans les espaces formatifs numérisés où les données sont retranscrites sous forme de camembert prédécoupé et coloré en parts inégales.

Qui sommes-nous en mode projet ?

Un nain dit au géant : « J’ai les mêmes droits que toi. »

Le Géant lui répondit : « Ami! C’est vrai ; mais tu ne parviens pas à marcher dans mes chaussures. »

Pour être soi, la personne ne peut se contenter d’être, c’est-à-dire de développer un registre lui permettant de prouver son existence. Elle doit avoir la capacité de se penser.

Pour exister, chaque personne vit l’expérience d’un monde intérieur, d’un monde extérieur et d’une frontière nécessaire à la prise de conscience des rapports entre l’un et l’autre. Intérieur et extérieur n’existe pas sans l’autre, ils agissent l’un sur l’autre : le corps se nourrit des informations transmises par les sens, il reçoit ce qu’il perçoit, interprète, comprend de l’extérieur et réagit en fonction.

Chaque personne est donc particulière dans sa manière de transformer le monde.

Sur cet état de fait, chaque personne est amenée à appréhender la question de sa différence recherchant ainsi l’ensemble des attributs permettant d’établir une fidélité à soi-même et une relation à son semblable laquelle établit dans le même mouvement une reconnaissance et une différence répondant ainsi à « qui suis-je ». En construisant du sens autour d’elle-même, la personne devient un être particulier, cherchant à minimiser les contraintes extérieures et agissant en réponse à des projets. Un agent apprenant, calculant qui doit faire des choix pour organiser ses actions. Un agent libre qui développe la capacité de s’interroger sur son propre mode d’être.

Parcours de la reconnaissance

Lors de la conception d’environnement d’apprentissage numérisé, la première étape consiste à reconnaître l’utilisateur final du dispositif. Cette tâche peut être limitative dès lors que reconnaître l’utilisateur se limite à une simple dimension cognitive, identifier : le risque encouru étant de concevoir pour soi-même. Dans son ouvrage, Ricoeur établit une progression de la reconnaissance qui va de la simple dimension cognitive à une dimension de reconnaissance mutuelle où « je » demande à être reconnu (mais aussi où « nous » demandons à être reconnus). Ainsi, si reconnaître une chose, c’est l’identifier par ses caractères génériques ou spécifiques ; reconnaître une personne, c’est au contraire prêter attention à ses traits individuels. Acteurs de la formation connectée, un de nos objectifs est d’aller à la rencontre de ces traits individuels qui composent le visa-je de celui qui se connecte pour apprendre. C’est dans cette perspective que l’équipe PaLab a fait le choix de positionner l’apprenant au cœur de son travail.

1.Serres, M. (2011). Petite Poucette. Ed « Le pommier ».

2. Housset, F. (s.d.). Identité et altérité. PhiloVIVE.

3. Pestalozzi (1823): “Das Schuhmass der Gleichheit” in Billen (1993) p. 99.

4. Ricoeur, P. (2009). Parcours de la reconnaissance. Folio Essai.